Hors des Murs

Monique est porte-parole d’un collectif de sans abris, et aussi une ancienne de la rue. Un collectif par et pour les sans abris, qui met en avant le «parler vrai». Il n’est pas question d’attaquer qui que ce soit, mais de dénoncer un système à bout de souffle, un système institutionnalisé et politisé de toutes parts, devenu incapable de donner une réponse adéquate aux sans abris.

Son histoire est relativement classique. Employée dans une société du domaine de la finance, puis salariée d’une boite de production, elle tombe dans le piège d’un homme devenu violent. Elle fini par perdre son travail, se retrouve à l’hôpital et enfin à la rue.

Elle y passera huit ans.

«Une journée à la rue, c’est l’ennui, ça te tue. Et quand t’es seul, c’est la peur qui te quitte jamais. Tu ne deviens plus que ça, la peur.»

Elle avait su se trouver une place dans un groupe de huit sans abris, huit hommes, parfois une autre femme se joignait à eux.

Les préoccupations du quotidien deviennent vite une galère. Trouver un café le matin, espérer avoir une place pour les douches, «mieux vaut arriver parmi les premiers à cause des mycoses, des seringues. C’est crade. Sans oublier les deux semaines d’attentes pour pouvoir faire une machine.»

Puis quand l’hiver arrive, les «mises à l’abris». On t’entasse dans un gymnase ou dans un centre sans la moindre intimité, c’est comme si t’avais un bracelet électronique car tout est carré, tu n’as pas la moindre liberté.

La volonté de s’en sortir est souvent freinée par les institutions, les démarches, toutes les obligations. Si on suit le parcours imposé par les associations il y a une sorte de maltraitance, une incohérence. On m’a proposé un atelier d’illettrisme, et j’ai dû faire l’atelier ‘comment faire son CV’ une dizaine de fois. Finalement quand on comprend ce qu’ils attendent de toi et qu’on en a marre, on joue le jeu pour obtenir ce qu’on veut.

Mais passer au logement n’est pas une réussite, il y a un manque d’intermédiaires, du moment que les quotas sont remplis... Ce qui implique beaucoup de rechutes et de retours à la rue. Si on simplifiait les procédures, l’administratif, on gagnerait du temps et de l’argent au bénéfice de ceux qui dorment dehors.

Je sais que je peux retourner à la rue, j’en suis même sûre. Avec les loyers élevés, un petit salaire, la rue est très proche. C’est une société où dès que t’es cabossé, on te jette.

On en reste là, discutant encore cinq minutes, puis elle s’en va vers les sans abris qui squattent les alentours.